Les chiffres 2025 : un contexte de spam record en France
Avant d'analyser les variations saisonnières, un constat s'impose : le spam téléphonique en France atteint des niveaux historiques. Selon le bilan annuel de J'Alerte l'ARCEP publié en février 2026, 70 516 signalements ont été enregistrés sur la plateforme en 2025, soit une hausse de 23 % par rapport à 2024.
Parmi ces signalements, 23 383 concernent les appels et messages non sollicités, qui constituent la deuxième source de plaintes sur la plateforme (derrière les problèmes liés à la fibre optique). Plus frappant encore : cette catégorie a bondi de +1 052 % depuis 2023, ce qui illustre une accélération sans précédent du phénomène.
L'Observatoire de la satisfaction client de l'ARCEP confirme l'ampleur du fléau : 94 % des consommateurs déclarent avoir subi au moins une sollicitation indésirable au cours des trois derniers mois, et 89 % des possesseurs de mobile ont reçu des appels frauduleux ou indésirables (contre 85 % l'année précédente). L'usurpation de numéro explose avec +123 % entre 2024 et 2025.
À l'échelle mondiale, le phénomène suit la même trajectoire. Selon le rapport de Hiya (Global Call Threat Report Q1 2025), les appels indésirables sont passés de 11,3 milliards au Q4 2024 à 12,5 milliards au Q1 2025. Aux États-Unis, le YouMail Robocall Index comptabilise 52,5 milliards de robocalls pour l'année 2025. Mais ces chiffres globaux masquent une réalité plus nuancée : le spam téléphonique fluctue considérablement selon les périodes de l'année. Comprendre ces cycles est un atout pour les professionnels qui suivent les statistiques du spam en France.
Le calendrier du spam téléphonique : analyse mois par mois
Janvier-février : le pic post-fêtes
Le début d'année constitue l'une des périodes les plus intenses en matière de spam téléphonique. Plusieurs facteurs convergent pour créer un pic de signalements.
D'abord, la rentrée commerciale et les soldes d'hiver déclenchent des campagnes massives de prospection. Les entreprises lancent leurs objectifs annuels et les call centers tournent à plein régime. Ensuite, l'hiver génère une recrudescence d'arnaques liées à l'énergie : fausses offres de réduction sur les factures de chauffage, escroqueries aux panneaux solaires, démarchage agressif sur l'isolation. Le rapport Hiya Q1 2025 confirme cette tendance, notant une augmentation des « energy and electricity-provider scams » en début d'année dans toute l'Europe.
Enfin, les bonnes résolutions de janvier poussent de nombreux consommateurs à changer de mutuelle, d'assurance ou de fournisseur d'énergie, ce qui attire les prospecteurs. Les renouvellements de contrats annuels concentrés en début d'année amplifient encore le phénomène.
Mars-avril : le sprint fiscal et l'éveil printanier
Le printemps apporte son lot de sollicitations spécifiques. La période de déclaration fiscale (ouverture du service en ligne en avril) génère traditionnellement des vagues d'arnaques par téléphone : faux appels de l'administration fiscale, démarchage CPF (Compte Personnel de Formation) et offres frauduleuses de défiscalisation.
C'est aussi le début de la saison de la rénovation énergétique. Avec le retour des beaux jours, les campagnes de prospection liées à MaPrimeRénov', l'isolation des combles ou l'installation de pompes à chaleur s'intensifient. Ce secteur est l'un des plus touchés par les signalements abusifs liés à la rénovation énergétique.
L'immobilier printanier contribue également : les agences immobilières lancent leurs campagnes de pige téléphonique, augmentant le volume d'appels sortants sur le marché.
Mai-août : l'accalmie relative de l'été
La période estivale est généralement la plus calme en termes de démarchage téléphonique. Les congés d'été réduisent à la fois l'activité des call centers et la disponibilité des consommateurs. Les taux de décroché chutent naturellement, ce qui rend les campagnes moins rentables.
Pour autant, le spam ne disparaît pas. Les arnaques aux voyages et aux réservations prennent le relais : fausses offres de vacances, usurpation de plateformes de réservation, appels frauduleux prétextant un problème de billet d'avion. Le recrutement saisonnier génère également des campagnes téléphoniques, dont certaines sont frauduleuses — Hiya a identifié en 2025 des arnaques à l'emploi commençant par un appel robotisé d'un faux service RH, devenues la 4ᵉ arnaque la plus fréquente en France.
Septembre-octobre : la rentrée explosive
La rentrée de septembre est, avec janvier, le pic le plus marqué de l'année pour le spam téléphonique. Le retour des vacances déclenche une véritable déferlante de prospection commerciale.
Les mutuelles et compagnies d'assurance lancent leurs campagnes les plus agressives : la date limite de résiliation annuelle (généralement au 31 décembre, avec préavis de deux mois) impose de prospecter dès septembre. Les opérateurs télécom multiplient les offres de rentrée (box internet, forfaits mobiles, fibre optique). Et le secteur de l'énergie anticipe l'hiver avec des propositions de contrats avant la hausse de la demande.
Pour les call centers légitimes, septembre-octobre est la période où la concurrence pour l'attention téléphonique est la plus rude. Le volume massif d'appels — légitimes et frauduleux confondus — fait monter la pression sur les filtres anti-spam des opérateurs.
Novembre-décembre : Black Friday et objectifs de fin d'année
Le dernier trimestre cumule plusieurs facteurs aggravants. Le Black Friday et le Cyber Monday (fin novembre) provoquent un pic d'arnaques aux colis et aux livraisons. Les rapports de Hiya confirment que les « package delivery scams » et les « Amazon scams » dominent le Q4 chaque année, exploitant l'afflux de commandes en ligne.
Les dernières semaines pour changer de mutuelle (avant le 31 décembre) génèrent une pression commerciale maximale. Et les objectifs commerciaux annuels poussent les équipes de vente à accélérer la cadence pour boucler l'année, ce qui augmente mécaniquement le volume d'appels sortants — et les signalements qui en découlent.
Pourquoi cette saisonnalité ? Les mécanismes sous-jacents
La saisonnalité du spam téléphonique s'explique par la convergence de trois dynamiques distinctes.
Le calendrier commercial. Les entreprises légitimes planifient leurs campagnes autour des temps forts (soldes, rentrée, fin d'année). Cette pression commerciale augmente le volume global d'appels, ce qui surcharge les filtres et génère davantage de signalements — y compris pour des appels légitimes.
Les cycles réglementaires. Les dates limites de résiliation de contrats (mutuelles, assurances, opérateurs), les périodes de déclaration fiscale ou les échéances administratives créent des fenêtres d'opportunité que la prospection exploite massivement.
Le mimétisme des fraudeurs. Les escrocs calquent leurs campagnes sur les événements légitimes. Ils savent que les consommateurs attendent des appels de leur assureur en septembre ou de leur livreur en décembre. Cette technique, combinée à l'explosion de l'usurpation de numéro (+123 % en 2025 selon l'ARCEP), rend la détection plus difficile. Selon Hiya, 1 appel sur 4 contient désormais de l'audio généré par intelligence artificielle, et 55 % de ces appels sont identifiés comme frauduleux.
L'impact pour les call centers légitimes
Pour les professionnels de la téléprospection, la saisonnalité du spam a des conséquences directes et mesurables.
Des filtres anti-spam plus agressifs. Pendant les périodes de pic, les opérateurs et les applications de blocage (Truecaller, Hiya, Orange Téléphone) durcissent leurs algorithmes. Résultat : les appels légitimes ont plus de risques d'être marqués « spam probable » par erreur. Selon l'ARCEP, 52 % des Français sont inscrits sur Bloctel et 38 % ont installé une application de blocage sur leur smartphone.
Un taux de décroché en chute libre. Quand les consommateurs reçoivent davantage d'appels indésirables, ils deviennent plus méfiants et décrochent moins. Chaque point de taux de décroché perdu représente un manque à gagner pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros par mois pour un call center.
Une réputation téléphonique plus fragile. En période de pic, il suffit de quelques signalements supplémentaires pour faire basculer un numéro du côté « suspect ». La moindre erreur — volume d'appels trop élevé, mauvais timing, absence de présentation claire — peut déclencher un blacklistage rapide.
Anticiper les pics : stratégies pour les professionnels
Connaître la saisonnalité du spam permet d'adapter sa stratégie pour protéger ses numéros et maintenir ses performances.
1. Cartographier son propre calendrier de risque. Identifiez les périodes où votre secteur subit la plus forte pression. Pour l'assurance, c'est septembre-décembre. Pour l'énergie, c'est janvier-mars et septembre-novembre. Pour l'immobilier, c'est mars-juin. Adaptez vos volumes d'appels en conséquence.
2. Renforcer le monitoring en période critique. Pendant les pics, passez d'un suivi hebdomadaire à un suivi quotidien de la réputation de vos numéros. Utilisez des outils de surveillance automatique de la réputation téléphonique pour détecter les signalements dès les premières heures.
3. Diversifier les canaux en complément. Pendant les périodes de saturation téléphonique, complétez vos campagnes par du SMS, de l'e-mail ou du messaging (WhatsApp Business) pour maintenir le contact sans surcharger le canal voix.
4. Adapter les volumes et le timing. Réduisez le nombre d'appels par ligne en période de pic pour éviter de déclencher les seuils des algorithmes anti-spam. Privilégiez les créneaux horaires moins saturés (début de matinée plutôt que le traditionnel 14h-16h).
5. Préparer un plan de rotation anticipé. Avant les pics prévisibles (rentrée, fin d'année), constituez une réserve de numéros « chauds » (réchauffés et ayant une bonne réputation) pour pouvoir basculer rapidement si un numéro est signalé.












