Les appels automatisés frauduleux représentent une menace croissante pour les entreprises et les particuliers en France. Avec 9 appels frauduleux par utilisateur et par mois selon les études de NICE, soit trois fois le taux américain, la France est devenue le pays européen le plus ciblé par les robocalls. Comprendre comment fonctionne la détection des robocalls et déployer les technologies adaptées devient essentiel pour tout DSI ou professionnel des télécommunications.
Qu'est-ce qu'un robocall et pourquoi les détecter ?
Définition : appel automatisé vs spam téléphonique
Un robocall (appel automatisé) est un appel téléphonique initié par un système automatique qui diffuse un message préenregistré ou généré par synthèse vocale. Contrairement au spam téléphonique classique où un opérateur humain est présent, le robocall est entièrement automatisé, permettant aux fraudeurs de passer des milliers d'appels simultanément à moindre coût.
La distinction est importante car les technologies de détection diffèrent : détecter un appel automatisé nécessite d'analyser des patterns comportementaux spécifiques que les appels humains ne présentent pas.
La France : pays européen le plus ciblé (9 appels/utilisateur/mois)
Les statistiques sont alarmantes : la France enregistre en moyenne 9 appels frauduleux par utilisateur chaque mois, un chiffre trois fois supérieur au taux américain (environ 3 appels/mois). Cette situation s'explique par plusieurs facteurs :
- Fragmentation des opérateurs : la multiplicité des acteurs télécoms complique la mise en place de standards unifiés
- Retard réglementaire : l'Europe n'a pas encore adopté d'équivalent au TRACED Act américain
- Marché lucratif : le pouvoir d'achat français attire les fraudeurs internationaux
- Infrastructures VoIP exploitables : la transition vers le tout-IP facilite le spoofing
Pour en savoir plus sur l'usurpation d'identité téléphonique, consultez notre article sur le protocole STIR/SHAKEN contre le spoofing.
Impact économique et sécuritaire des robocalls
L'impact des robocalls dépasse largement la simple nuisance. Pour les entreprises, les conséquences sont multiples :
- Pertes financières directes : les arnaques au président, vishing et fraudes au support technique coûtent des millions d'euros annuellement
- Productivité réduite : les collaborateurs perdent en moyenne 15 minutes par jour à filtrer les appels indésirables
- Atteinte à la réputation : lorsque le numéro d'une entreprise est usurpé (spoofing), sa crédibilité en souffre
- Risques de sécurité : les robocalls servent souvent de vecteur initial pour des attaques plus sophistiquées
Les attaques TDoS (Telephony Denial of Service) représentent une menace particulière : en saturant les lignes d'un centre d'appels ou d'un service d'urgence avec des milliers d'appels automatisés, les attaquants peuvent paralyser complètement une organisation.
Les technologies de détection des robocalls
Quelles technologies permettent de bloquer les appels automatisés ? Plusieurs approches complémentaires existent, chacune avec ses forces et limitations.
STIR/SHAKEN : l'authentification à la source
STIR/SHAKEN (Secure Telephone Identity Revisited / Signature-based Handling of Asserted information using toKENs) est le standard d'authentification des appels le plus prometteur. Ce protocole permet de :
- Signer cryptographiquement chaque appel à l'origine avec un certificat numérique
- Vérifier l'authenticité du numéro appelant à destination
- Attribuer un niveau d'attestation (A, B ou C) selon le degré de confiance
Selon TransNexus, leader des solutions de robocall mitigation, STIR/SHAKEN offre une traçabilité complète de la chaîne d'appel. Les entreprises souhaitant déployer cette technologie peuvent consulter notre guide pour implémenter STIR/SHAKEN dans votre infrastructure.
SIP Analytics : analyse comportementale en temps réel
Le SIP Analytics constitue une couche de protection essentielle pour la détection des appels automatisés. Cette technologie analyse en temps réel les caractéristiques des flux SIP :
- Volume d'appels par source : détection des pics anormaux sur une fenêtre glissante de 60 minutes
- Durée moyenne des appels : les robocalls ont généralement des durées très courtes ou très uniformes
- Taux de décrochage : patterns de raccrochage suspects
- Géolocalisation des IP : incohérences entre le numéro affiché et l'origine réelle
Les systèmes de SIP Analytics modernes sont auto-apprenants : ils ajustent dynamiquement leurs seuils en fonction de l'historique de chaque source, évitant ainsi les faux positifs sur les appelants légitimes à haut volume.
Machine learning et scoring de réputation
Comment le machine learning détecte-t-il les appels frauduleux ? Les algorithmes d'apprentissage automatique analysent des dizaines de paramètres pour calculer un score de réputation de 0 à 100 :
- Historique du numéro : plaintes antérieures, signalements communautaires
- Patterns temporels : heure d'appel, jour de la semaine, fréquence
- Métadonnées SIP : cohérence des headers, user-agent, codecs utilisés
- Corrélations cross-réseau : comportement du numéro observé chez d'autres opérateurs
Un score élevé (proche de 100) indique un numéro à haut risque. Ces systèmes permettent une détection proactive : un nouveau numéro frauduleux peut être identifié en quelques appels seulement, avant même d'avoir été signalé manuellement.
CAPTCHA téléphonique : la vérification humaine
Le CAPTCHA téléphonique représente la dernière ligne de défense contre les robocalls. Lorsqu'un appel est jugé suspect par les autres méthodes de détection, il est redirigé vers une passerelle CAPTCHA qui :
- Demande à l'appelant de saisir un code aléatoire à deux chiffres
- Vérifie la réponse vocale ou DTMF
- Autorise l'appel si la réponse est correcte
- Bloque ou signale si aucune réponse valide n'est fournie
Les autodialers ne peuvent pas répondre correctement à ces tests, ce qui les identifie immédiatement comme appels automatisés.
Mitigation vs Prevention : deux approches complémentaires
Quelle est la différence entre robocall mitigation et prevention ? Ces deux termes, souvent confondus, désignent des stratégies distinctes dans la lutte contre les appels automatisés.
Robocall mitigation : bloquer à l'origine
La robocall mitigation désigne les processus visant à empêcher les appels frauduleux de quitter le réseau d'origine. C'est une approche proactive où l'opérateur d'origine :
- Analyse tous les appels sortants de ses clients
- Bloque les appels suspects avant qu'ils n'atteignent le réseau public
- Responsabilise ses abonnés en cas d'abus
Aux États-Unis, le TRACED Act impose à tous les opérateurs de déployer un programme de robocall mitigation et de s'enregistrer dans la base de données FCC. Les appels provenant d'opérateurs non certifiés doivent être bloqués.
Robocall prevention : protéger à destination
La robocall prevention protège les abonnés en filtrant les appels entrants. Cette approche défensive permet de :
- Analyser chaque appel entrant selon des critères de réputation
- Bloquer, rediriger ou marquer les appels suspects
- Offrir aux utilisateurs finaux des outils de signalement
La prevention est plus courante car elle ne nécessite pas de coordination avec les autres opérateurs, mais elle intervient plus tard dans la chaîne d'appel.
Pourquoi combiner les deux stratégies
Une protection optimale nécessite de combiner mitigation et prevention. La mitigation seule ne suffit pas car les fraudeurs peuvent exploiter des opérateurs étrangers non régulés. La prevention seule laisse les appels frauduleux circuler sur le réseau avant d'être bloqués, consommant des ressources.
Les entreprises les plus avancées déploient les deux approches simultanément, avec notre guide sur les mécanismes de détection du spam téléphonique pour approfondir.
Méthodes de détection avancées
Blacklists et listes Do Not Originate
Les blacklists permettent de bloquer les appels selon des attributs spécifiques :
- Numéros ou préfixes identifiés comme frauduleux
- Adresses IP associées à des robocallers connus
- SPIDs/OCNs non autorisés à utiliser certains numéros
- Pays d'origine suspects pour certains types de numéros
Les listes Do Not Originate (DNO) sont particulièrement efficaces : elles répertorient les numéros qui ne devraient jamais émettre d'appels (numéros de service, numéros désactivés). Tout appel prétendant provenir d'un numéro DNO est automatiquement frauduleux.
Analyse des patterns d'appels (volume, durée, géolocalisation)
L'analyse comportementale examine les patterns d'appels sur plusieurs dimensions :
- Volume instantané : un abonné résidentiel passant soudainement 500 appels/heure est suspect
- Durée des appels : les robocalls ont souvent des durées très courtes (< 5 secondes) ou anormalement uniformes
- Ratio appels/décrochages : les campagnes de robocalls ont des taux de décrochage très bas
- Géolocalisation : un numéro français appelant depuis une IP en Asie est suspect
Vérification de la réputation des numéros
Les services de réputation téléphonique agrègent les données de millions d'utilisateurs pour calculer un score de confiance. Ces services consultent :
- Les signalements communautaires
- Les plaintes déposées auprès des régulateurs
- L'historique d'attribution du numéro
- Les patterns de comportement observés sur le réseau
Pour vérifier la réputation d'un numéro, vous pouvez utiliser notre API de vérification téléphonique qui intègre ces différentes sources.
Détection des attaques TDoS
Les attaques TDoS (Telephony Denial of Service) utilisent des robocalls massifs pour saturer une cible. La détection repose sur :
- Surveillance des pics de trafic vers une destination unique
- Analyse des sources : les attaques TDoS proviennent généralement de multiples origines simultanées
- Corrélation temporelle : synchronisation suspecte des appels
- Blocage automatique avec notification lorsqu'un seuil est atteint
Déployer une solution de détection en France
Le MAN français et les obligations réglementaires
Pourquoi la France reçoit-elle autant d'appels automatisés ? En partie parce que le cadre réglementaire européen reste moins contraignant que le TRACED Act américain. Cependant, plusieurs dispositifs existent :
- Bloctel : le registre d'opposition au démarchage téléphonique, bien qu'il ne cible pas spécifiquement les robocalls frauduleux
- Plan de numérotation ARCEP : encadrement de l'attribution et de l'utilisation des numéros
- MAN (Mécanisme d'Authentification des Numéros) : initiative française pour authentifier l'identité de l'appelant
L'ARCEP travaille activement sur le renforcement des obligations des opérateurs en matière de lutte contre le spoofing et les appels frauduleux.
Intégration avec les systèmes SIP existants
Le déploiement d'une solution de robocall detection dans une infrastructure existante nécessite :
- Analyse de l'architecture actuelle : points d'insertion optimaux pour le filtrage
- Choix du mode d'intégration : proxy SIP, SBC, ou analyse passive des flux
- Configuration des règles : seuils, actions (blocage, marquage, CAPTCHA)
- Phase pilote : test sur un périmètre restreint avant généralisation
Les solutions modernes comme ClearIP de TransNexus s'intègrent avec la plupart des équipements SIP du marché (Ribbon, Metaswitch, etc.) et supportent STIR/SHAKEN nativement.
Mesurer l'efficacité : KPIs et reporting
Le suivi de l'efficacité d'une solution de détection repose sur des indicateurs clés :
- Taux de détection : pourcentage de robocalls identifiés sur le total reçu
- Taux de faux positifs : appels légitimes bloqués par erreur (doit rester < 0,1%)
- Temps de détection : délai entre l'apparition d'une nouvelle campagne et sa détection
- Satisfaction utilisateur : réduction des plaintes pour appels indésirables
Un reporting régulier permet d'affiner les règles et de démontrer le ROI de la solution auprès de la direction.
FAQ
Quelle est la différence entre un robocall et un appel de spam ?
Un robocall est un appel entièrement automatisé utilisant un message préenregistré ou synthétisé. Un appel de spam peut être passé par un humain (télémarketing non sollicité). Tous les robocalls ne sont pas du spam (certains sont légitimes), et tout le spam n'est pas automatisé.
STIR/SHAKEN est-il obligatoire en France ?
Non, pas encore. Contrairement aux États-Unis où le TRACED Act l'impose, la France et l'Europe n'ont pas rendu STIR/SHAKEN obligatoire. Cependant, l'ARCEP encourage son adoption et le MAN français s'en inspire largement. Les entreprises peuvent l'implémenter volontairement pour une meilleure protection.
Comment savoir si un appel est authentifié ?
Lorsqu'un appel est authentifié via STIR/SHAKEN, l'information d'attestation (niveau A, B ou C) est transmise dans les headers SIP. Certains téléphones et applications affichent un indicateur visuel (checkmark, mention "Verified"). Votre opérateur ou votre solution de téléphonie peut également exposer cette information.
Les solutions anti-robocall bloquent-elles des appels légitimes ?
Le risque de faux positifs existe mais reste faible avec les solutions modernes (< 0,1%). Les systèmes auto-apprenants ajustent leurs seuils selon l'historique de chaque appelant. Les appels suspects peuvent être redirigés vers un CAPTCHA plutôt que bloqués directement, permettant aux appelants légitimes de prouver leur humanité.
Sources : TransNexus - Robocall Mitigation, ARCEP - Actualités, Bloctel












