Depuis le 1er janvier 2026, les opérateurs français doivent appliquer une règle plus visible contre l'usurpation de numéros mobiles. Lorsqu'un appel provient de l'international, affiche un numéro mobile français en 06 ou 07 et ne peut pas être correctement authentifié, l'identifiant d'appelant doit désormais être masqué.
Cette évolution ne met pas fin au spoofing, mais elle change un point important : un fraudeur qui essaie de faire passer un appel international pour un appel mobile français légitime perd plus souvent l'avantage psychologique du numéro familier affiché. Pour comprendre le contexte technique, notre guide sur l'implémentation de STIR/SHAKEN détaille la chaîne d'authentification utilisée par les opérateurs.
Ce que dit exactement l'ARCEP
Dans sa fiche pratique destinée aux opérateurs, l'ARCEP précise qu'à compter du 1er janvier 2026, un appel provenant de l'international présentant un 06 ou 07 français non authentifié doit être présenté avec un numéro masqué. L'autorité rattache cette évolution aux ajustements du plan de numérotation adoptés en novembre 2025 pour renforcer la protection contre les usurpations.
Autre nuance importante : l'ARCEP situe cette obligation au niveau de l'interconnexion internationale entrante. Autrement dit, la règle vise les appels remis au réseau français par un opérateur extérieur à l'écosystème français d'authentification. Ce n'est pas une règle générale sur tous les appels étrangers, mais une règle ciblée sur les appels qui se présentent comme des mobiles français sans preuve d'authenticité suffisante.
Ce qui change pour les particuliers
- Un 06/07 affiché sur un appel venu de l'étranger inspire un peu plus confiance qu'avant, car les cas non authentifiés doivent être masqués.
- Un numéro masqué n'est pas automatiquement frauduleux : il peut aussi s'agir d'un appel légitime qui n'a pas pu être authentifié correctement.
- L'ARCEP indique que les appels d'abonnés français en itinérance peuvent encore être concernés si l'authentification n'est pas correctement transmise.
Ce dernier point est essentiel. Beaucoup d'articles simplifient à l'excès en écrivant que “les appels de l'étranger en 06/07 seront bloqués”. Ce n'est pas ce que dit l'ARCEP. Pour les mobiles, la logique mise en avant est d'abord le masquage du numéro lorsqu'il n'est pas authentifié, pas l'arrêt systématique de tous les appels internationaux concernés.
Pourquoi cette règle ne supprime pas tous les appels suspects
1. Le masquage ne vaut pas qualification automatique
Un appel masqué peut correspondre à un fraudeur, mais aussi à une situation technique transitoire. L'ARCEP mentionne notamment la montée en charge progressive de mécanismes permettant de mieux distinguer les appels en itinérance des appels frauduleux.
2. L'authentification dépend de la chaîne opérateur
La confiance ne repose pas seulement sur l'appelant final. Elle dépend aussi de la capacité des opérateurs de départ, de transit et d'arrivée à conserver la signature et à valider le droit d'usage du numéro présenté. Notre article sur les promesses et limites de STIR/SHAKEN face au spoofing aide à distinguer la théorie réglementaire de la réalité opérationnelle.
3. Les habitudes d'affichage des smartphones restent hétérogènes
Même avec une meilleure traçabilité côté réseau, l'expérience utilisateur dépend encore du téléphone, de l'application d'appel et des bases de réputation utilisées pour enrichir l'affichage. La règle ARCEP améliore le socle, mais ne remplace pas les outils de filtrage, de signalement ou de réputation.
Ce que cela change pour les entreprises et centres d'appels
Le sujet ne concerne pas seulement les consommateurs. Il touche aussi les entreprises qui délèguent des appels à l'étranger, les outsourcers et les équipes commerciales multi-sites.
- Un centre d'appels établi hors de France ne peut pas se voir affecter directement des numéros français 06/07 par un opérateur s'il ne remplit pas les conditions territoriales du plan de numérotation.
- Un donneur d'ordre français peut en revanche autoriser l'usage de son propre numéro dans certains montages contractuels, mais la chaîne d'authentification doit alors suivre.
- Utiliser un 06/07 pour des appels émis par un système indépendant d'un accès mobile, notamment en centre d'appels, n'est pas autorisé selon la fiche ARCEP dédiée au plan de numérotation des professionnels.
En pratique, la règle de 2026 envoie un signal clair : les numéros mobiles français ne doivent plus servir de façade facile à des appels internationaux dont l'origine réelle reste opaque. Pour les équipes concernées, cela renforce l'intérêt d'un audit de conformité et d'un contrôle des scénarios d'affichage avant campagne. Si vous devez expliquer ces enjeux à vos équipes, notre FAQ regroupe déjà les questions récurrentes sur les numéros signalés, masqués ou mal compris par les prospects.
Trois réflexes utiles en 2026
Pour les abonnés
- Ne déduisez pas qu'un appel est fiable uniquement parce qu'un 06/07 s'affiche.
- Si un appel semble douteux, évitez le rappel immédiat et vérifiez le contexte avant de poursuivre.
- En cas d'usurpation présumée, consultez la fiche ARCEP dédiée et utilisez les canaux de signalement adaptés.
Pour les équipes commerciales
- Vérifiez que vos flux internationaux et vos partenaires télécom transmettent correctement les informations d'authentification.
- N'utilisez pas de 06/07 comme identifiant d'appelant pour des usages non conformes au plan de numérotation.
- Documentez les cas d'itinérance, de renvoi ou d'infrastructure qui peuvent provoquer un masquage inattendu.
Ce qu'il faut retenir
La règle ARCEP 2026 n'est pas un détail technique réservé aux opérateurs. Elle modifie la façon dont les appels internationaux non authentifiés en 06/07 sont présentés aux destinataires français. Le résultat le plus concret est simple : moins de faux appels internationaux pourront se déguiser visuellement en mobiles français identifiables.
C'est une avancée utile, mais pas une garantie absolue. Entre authentification partielle, itinérance et diversité des couches logicielles, la vigilance côté utilisateur et la discipline côté entreprise restent indispensables.












